Colère d'un député suite à une intervention du CSA après la diffusion sur M6, C+ et D8 d’un message de sensibilisation à la trisomie 21

Publié le par Benoît

Colère d'un député suite à une intervention du CSA après la diffusion sur M6, C+ et D8 d’un message de sensibilisation à la trisomie 21

Récemment le CSA annonçait être intervenu après des plaintes à la suite de la diffusion, sur M6, Canal+ et D8 entre le 21 mars et le 21 avril 2014, d’un message de sensibilisation à la trisomie 21.

« Le Conseil a été saisi de plaintes à la suite de la diffusion, dans les écrans publicitaires de M6, Canal+ et D8 entre le 21 mars et le 21 avril 2014, d’un message de sensibilisation à la trisomie 21. Intitulé « Chère future maman », il était soutenu par les associations Coordown, Les amis d’Éléonore et la fondation Jérôme-Lejeune, fondation dont la vocation est notamment la lutte contre l’avortement. Le Conseil considère que ce message ne relève pas de la publicité au sens de l’article 2 du décret du 27 mars 1992. Bien qu’ayant été diffusé à titre gracieux, il ne peut pas non plus être regardé comme un message d’intérêt général, au sens de l’article 14 de ce même décret, puisqu’en s’adressant à une future mère, sa finalité peut paraître ambigüe et ne pas susciter une adhésion spontanée et consensuelle. En conséquence, le Conseil considère qu’il ne pouvait être inséré au sein des écrans publicitaires. S’inscrivant dans une démarche de lutte contre la stigmatisation des personnes handicapées, ce message aurait pu être valorisé, à l’occasion de la Journée mondiale de la trisomie 21, par une diffusion mieux encadrée et contextualisée, par exemple au sein d’émissions. Le Conseil est intervenu auprès des chaînes afin de leur demander, à l’avenir, de veiller aux modalités de diffusion des messages susceptibles de porter à controverse » selon le Conseil Supérieur de l’audiovisuel sur son site Internet.

 

L’intervention du CSA a mis en colère le député Jean-Frédéric Poisson qui a publié une lettre ouverte sur le site du Figaro :

 

Cette décision a provoqué un très grand émoi chez les familles de personnes atteintes de trisomie 21, ainsi que chez tous ceux qui accompagnent les enfants et les adultes atteints de cette maladie. Vous dites avoir voulu répondre à des téléspectateurs qui auraient été gênés par ce message. Et voici votre principal argument: les chaînes de télévision doivent veiller à ne pas diffuser des films dans ce contexte, dans la mesure ou de tels messages sont susceptibles de ne pas susciter une «adhésion spontanée». En prenant connaissance de cet argument, j'ai pensé que l'auteur de la dépêche de presse vous voulait du mal: parce que tout de même, il est difficile de trouver, de la part d'un organisme officiel, censé opérer la régulation et maintenir l'équilibre, une réponse aussi carrément à côté de la plaque, et aussi faiblarde sur le plan juridique.
Mon premier reproche est que vous avez failli à votre mission. Qu'on puisse être gêné par un tel film, diffusé dans le cadre de la journée mondiale de trisomie 21, n'est pas étonnant. En règle générale, l'homme moderne est gêné par toute forme de faiblesse, et prend d'innombrables précautions pour qu'aucune ne se retrouve sous ses yeux. Mais précisément, la mission qu'a le CSA de garantir le pluralisme vous intimait de rappeler à vos interlocuteurs que les personnes atteintes de trisomie ont les mêmes droits que les autres personnes: je veux dire le même droit de cité, le même droit à être vues, à être respectées, à être aidées, donc le droit aussi à ne pas être censurées quand elles sont montrées à la télévision.
Pour des raisons invraisemblables, vous avez voulu vous réfugier derrière ce fameux «n'est pas susceptible de provoquer une adhésion spontanée». C'est sans doute une boutade... Réfléchissons un peu, en effet. De deux choses l'une: ou bien c'est un argument de principe, ou bien c'est un argument de circonstance.
(...) Si vous deviez réprimander toutes les chaînes de télévision et de radio au motif qu'elle ne devraient pas diffuser des émissions «qui ne sont pas susceptibles de provoquer une adhésion spontanée», je vous laisse imaginer les coupes claires qu'il faudrait opérer dans toutes les grilles de programmes.
Auriez-vous par hasard l'intention de supprimer les spots publicitaires qui font des femmes de véritables objets de consommation ou de promotion? Voulez-vous voir disparaître des écrans de télévision les grands prix de formule 1, au motif que certains esprits critiques y voient à la fois une débauche d'argent insupportable en même temps que des atteintes à la protection de l'environnement? Ou certains films promus par la sécurité routière qui montrent d'insoutenables images d'accidents de circulation? Êtes-vous prêt à édicter les mêmes réserves à l'égard de certaines émissions qui militent ouvertement en faveur de la consommation de stupéfiants, celles-ci parfois au mépris des lois en vigueur? Je ne parle même pas des émissions à caractère politique ou religieux, qui ne visent pas nécessairement à provoquer l'adhésion de tous…
(...) Le premier rôle de l'institution, en l'espèce des organismes institutionnels, est de rappeler que le droit s'enracine dans la situation du faible pour le protéger du fort. Peut-être votre position est-elle fondée en matière purement juridique. (...) Il me semble que les Français sont en droit d'attendre de la plus haute autorité audiovisuelle de notre pays une attitude plus respectueuse du choix des familles qui acceptent d'accueillir dans leur sein des personnes dont la différence enrichit notre société, même si parfois, effectivement, elle peut en être désemparée. Votre décision fait apparaître, en ces temps de silence présidentiel, socialiste, et gouvernemental, la seule double cohérence que je suis prêt à reconnaître au Chef de l'Etat: le mépris de la souffrance des familles, et la capacité à trouver des soutiens qui ne risquent pas de modifier cette trajectoire. Quel dommage! Et quelle honte !

Le Figaro

Source : CSA, Le Figaro

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